Près de 500 participants ont répondu présent à la première édition du Forum Cités Cap’ qui s’est tenu le 6 juin 2017 à la Cité des Congrès de Nantes. Retour en paroles et en images.

Des enjeux d’acculturation pour le développement économique dans les quartiers

Le Forum Cités Cap’ est le premier évènement inter-régional Bretagne et Pays de la Loire, dédié au développement économique dans les quartiers de la Politique de la Ville.

L’événement co-organisé avec de nombreux partenaires publics, parapublics et privés s’inscrit dans un cycle de rencontres impulsées par RésO Villes.

« Longtemps parent pauvre du développement urbain, le développement économique est désormais à la place qui aurait dû être la sienne depuis longtemps (…) C’est pour nous un grand bonheur d’avoir pu réunir autour de ce thème si important pour le développement des quartiers politique de la ville, toutes celles et ceux qui œuvrent et s’intéressent à ces questions : acteurs des collectivités, de l’Etat, entrepreneurs, acteurs associatifs et bien entendu conseillers et conseillères citoyennes », s’est félicitée Laurianne Deniaud, Présidente de RésO Villes.

 

Les principaux enjeux de la rencontre ont pu être rappelés lors de l’ouverture de la journée :

  • Questionner nos pratiques avec comme point d’ancrage le quartier et ses habitants ;
  • Rapprocher les cultures professionnelles du social, de l’urbain, de l’économique ;
  • Poursuivre le rapprochement entre les quartiers et le monde économique pour imaginer de nouvelles opportunités ;
  • Innover et accompagner les initiatives des quartiers ;
  • Construire des coopérations concrètes et durables.

« Ce qui me frappe souvent c’est le manque de référentiel commun, c’est le manque de passerelles, la méconnaissance à quelques exceptions près qui sont plus liées à des hommes et des femmes, qu’à des organisations ou des institutions. Alors oui, c’est une avancée de considérer les projets comme globaux, humains et urbains, a poursuivi Johanna Rolland, maire de Nantes, dans son discours d’introduction.

Une forte mobilisation pour une première édition

Ainsi, près de 500 participants ont pu échanger lors de débats d’idées, d’ateliers ou encore auprès des 18 stands présents dans le hall.

Les intervenants sont venus de Bretagne et Pays de la Loire mais aussi des régions Nouvelle Aquitaine, Centre-Val de Loire et Ile-de-France à l’instar de Moussa Camara, président de l’association Les Déterminés ou d’Anouk Vandaele, consultante Rouge Vif Territoires.

 

« On est présent pour parler d’Europe au nom du Réseau Europe Urbain, rencontrer les nombreux acteurs privés, publics et parapublics (…) Et aussi montrer, par le biais d’un atelier organisé avec le GIP et la Région Nouvelle Aquitaine, comment il est possible de mobiliser des fonds européens de manière concrète dans les quartiers », a expliqué Anouk Vandaele, consultante Rouge Vif Territoires.

Côté public, les profils sont variés : professionnels du public, du privé, du monde associatif, entrepreneurs, étudiants et aussi conseillers citoyens.

Jean Thévenot, conseiller citoyen de la ville d’Allonnes dans la Sarthe et membre de la Confédération Nationale du Logement, s’est rendu sur place par curiosité et pour porter sa voix citoyenne : « Il est possible que la thématique du développement économique soit quelque chose d’un peu compliqué pour beaucoup de gens. Ils subissent plus l’économie qu’ils n’en tirent les profits. Dans la commune, il y a 19 ou 23 % de chômage… »

Moussa, élève de l’Ecole de la 2e chance a quant à lui pu échanger avec 3 entrepreneurs, lors d’un atelier organisé par Entreprendre pour Apprendre et Les Entreprises pour la Cité : « C’était intéressant, ça donne des idées pour quoi faire après l’école. Ils m’ont donné des cartes : il y avait un pâtissier, un webdesigner – ça c’était impressionnant… et ça (un escape game), je ne savais pas que ça existait. »

 

 

 

Des leviers pour favoriser le développement économique et l’emploi dans les quartiers prioritaires

Durant toute la journée, les participants ont pu échanger autour de thématiques aussi variées que la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), l’entreprenariat, l’économie sociale et solidaire (ESS), la lutte contre la discrimination, l’apprentissage…

Quelques leviers, non exhaustifs, ont ainsi pu être évoqués.

Faire venir les entreprises dans les quartiers

Le développement des quartiers peut tout d’abord être exogène.

Certaines entreprises ont déjà adopté une démarche RSE, en signant par exemple la charte « Entreprises et Quartiers ». C’est le cas de grands groupes tels que Airbus, Total et VEOLIA en Bretagne et Pays de la Loire. « Mais toutes ne viendront pas par philanthropie », a rappelé Johanna Rolland.

Les collectivités, les agences parapubliques et le tissu associatif doivent donc dialoguer avec les entreprises pour les convaincre du potentiel économique et des opportunités que représentent ces quartiers ; cela peut passer notamment par des appels d’offres publics. Des passerelles doivent également être créées pour mettre en contact les habitants avec les entreprises.

« Quand on a commencé, on est passé par la Charte et les réseaux qui existent mais en réalité, il faut trouver les bons contacts. Ce sont souvent des aventures humaines : il faut aller à la rencontre des individus dans les quartiers (…) Sur Rennes, on a profité d’un contexte réglementaire. Nous avons travaillé dans le cadre d’un appel à projet lancé par Eco Mobilier pour créer une unité de démantèlement et d’hygiénisation des matelas en co-traitance avec Envie 35, que nous connaissions déjà et qui nous font confiance. La dimension d’insertion d’Envie est intéressante et il peut y avoir des passerelles entre Envie et Veolia en termes d’emploi. », Franck Pilard, directeur Région Centre Ouest VEOLIA.

Accompagner les porteurs de projets sur le long terme

Le développement économique peut également être endogène.

Si la création d’entreprises dans les quartiers prioritaires est plus importante qu’ailleurs, souvent pour pallier les difficultés d’accès à l’emploi, elle reste peu visible car les activités sont souvent fondues dans l’habitat.

Elle se confronte aussi à des obstacles comme l’explique Caroline Audran d’Osez Entreprendre : « On n’a pas forcément tous les codes quand on vient de ces quartiers. La création d’entreprise a quelque chose de très institutionnel, complexe (…) Les problématiques, lorsqu’ils se lancent, sont souvent liées à l’hébergement ou à la garde d’enfants. Notre job, c’est d’être un facilitateur avec tout l’écosystème pour pérenniser leurs projets. »

Majid El Jarroudi, fondateur de l’ADIVE a rappelé également le manque de débouchés que rencontrent ces entrepreneurs : « Une fois que la personne a lancé son activité, elle devient quoi ? On se consacre souvent sur les premiers mois et après plus rien. On va donc voir les grands comptes en leur demandant : vous avez besoin de fournisseurs, vous avez besoin de sous-traitants ? Sur certains marchés, il est possible de collaborer avec des petites entreprises et en plus cela génère de l’emploi derrière. »

L’importance des débouchés est également approuvée par Mariame Tighanimine, co-fondatrice de Babelbusiness.com qui accompagne les entrepreneurs avec un programme de lancement en 24 heures. Sa méthode, basée sur une « sportification » du business, apprend davantage à vendre plutôt qu’à trop élaborer son offre et son business plan. « Pour nous, c’est un outil pour aller faire du tourisme financier auprès de banques qui vont, dans la majorité des cas, refuser un prêt », a-t-elle expliqué.

Trouver des modèles hybrides et innovants

Les quartiers voient aussi éclore des projets hybrides intégrant différents acteurs de l’écosystème et émergeant souvent de l’économie sociale et solidaire.

Les modèles demandent  néanmoins à être davantage structurés ; c’est ce qu’a précisé André Sobczak, Conseiller métropolitain en charge de la RSE, des PME et des TPE à Nantes Métropole : « La préfecture est venue nous voir à Audencia pour aider des associations ESS à devenir plus rentables. Les collectivités ont moins d’argent, il faut donc réinventer les business models. » Un programme de 9 semaines a donc mobilisé 10 jeunes diplômés des quartiers, eux-mêmes coachés, pour accompagner ces structures.

D’autres projets originaux ont été présentés dans le cadre d’une conférence portant sur l’ESS.

Le Pôle Territorial de Coopération Economique La Coursive Boutaric, dans le quartier des Grésilles du Grand Dijon, est né par exemple de la rencontre d’un entrepreneur culturel, d’un bailleur social et des habitants du quartier. Cet espace situé au dernier étage d’une barre d’immeuble rassemble aujourd’hui 23 structures culturelles, avec pour objectif leur développement économique par le biais d’accompagnement, la mise à disposition d’espace de coworking, la mise en réseau et la mutualisation d’offres culturelles. Le projet a été dupliqué et adapté à Besançon.

« Le Grand Besançon nous a demandé d’adapter ce projet dans un quartier Politique de la Ville en veille : on est en train d’ouvrir un espace dans une rue commerciale dont les locaux  sont de plus en plus vacants pour des raisons de délinquance. L’idée c’est d’en faire une rue créative et de repeupler les cellules commerciales par de l’activité culturelle », a précisé Frédéric Menard, président du PTCE.

Le coffret ESS & Moi, une box  d’offres Bien-Etre, Plaisirs Gourmands, Loisirs et Formations est quant à lui issu d’un modèle qui mêle ressources du bénévolat, vente de prestations et subventions. Ce dernier a été conçu par le réseau Lieux Collectifs de Proximité, structuré par la fédération AR44 et les Ecossolies. Il accompagne 8 associations de l’agglomération nantaise dont 4 issues de quartiers prioritaires.

 

Lutter contre les discriminations dès le plus jeune âge

Mais l’emploi ne pourra pas être la seule conséquence d’un développement économique dans les quartiers. D’une part parce que l’emploi dans les quartiers ne profite pas toujours aux habitants, d’autre part parce que les habitants doivent pouvoir trouver des débouchés hors de leurs quartiers.

Un des freins à l’emploi reste la discrimination, et ce dès le plus jeune âge.

Claire Bloch, chargée de mission à Tissé Métisse a exposé les résultats d’une enquête menée avec le laboratoire de psychologie des Pays de la Loire dans 6 lycées professionnels de Nantes Métropole de 2014 à 2015 : 47 % estiment qu’il est difficile de trouver un stage et 1/3 pensent que les discriminations sont l’une des raisons dans leur échec.

« Les statistiques, tout le monde les connaît : chômage 3 fois plus importants dans les quartiers, 3 fois plus de CV pour décrocher un entretien (…) Mais une fois que l’on se l’est dit, qu’est-ce qu’on fait pour mettre en avant leurs compétences ? (…) », a relevé Estelle Barthelemy, co-fondatrice de Mozaïk RH, un cabinet de recrutement spécialisé dans la diversité. Ce dernier sensibilise les entreprises, coache les candidats et effectue une mise en relation par le biais d’outils originaux et digitaux (CV vidéos, algorithme) qui tendent à « tout montrer plutôt que tout cacher ». « Pour nous l’entreprise du 21e siècle est diverse, et celles qui ne joueront pas le jeu sont vouées à disparaître », a-t-elle ajouté.

Des entreprises conscientes des enjeux de la diversité, il y en a de plus en plus à l’instar de JC Decaux ou de La Caisse du Crédit agricole qui se sont emparés du sujet par le biais de la Charte pour la diversité, d’accords d’entreprises, d’œuvres sociales émanant du CE et de partenariats avec des associations.

Des initiatives locales récompensées par les Prix Cités Cap’

En fin de journée, s’est tenue la remise de 3 prix, d’une dotation de 1 000 euros chacun, récompensant des initiatives des régions Bretagne et Pays de la Loire.

Les projets sont divers – à visée économique ou plus sociale, individuels ou collectifs, complètement mis en œuvre ou encore en phase d’incubation – mais tous participent au développement économique dans les quartiers :

  • Le Marsoins, un cabinet de soin ambulant à Saint-Nazaire (Prix BNP Paribas) ;
  • Le garage solidaire porté par l’association UNVSTI à Saint-Brieuc (Prix Véolia) ;
  • Imaneka, une marque textile pour enfants de 0 à 12 ans à Nantes (Prix Nantes Métropole).

Ainsi s’est achevé ce premier rassemblement. La prochaine édition se tiendra en 2018 à Rennes autour de la thématique du développement économique et du renouvellement urbain.

Article rédigé par Laura Wujek, mis en ligne le 28 juin 2017